• Karine

Agua !

Pas d’eau, pas de canal ! Pas de canal, pas de sous !

La gestion de l’eau pour le canal est primordiale et chaque année qui passe représente un nouveau défi. A titre informatif, le canal a besoin de 5,25 milliards de m3 d’eau douce pour pouvoir opérer et aujourd’hui, il n’en a que 3.


Lors de la construction du canal au début du XXe siècle, deux retenues d’eau ont été créées, une troisième en 1935, afin d’anticiper les variations de quantité de pluie selon les saisons (saison des pluies et saison sèche). Il s’agit des lacs Gatun (436km²), Miraflores et Alhajuela (barrage Madden, 44,3km²), respectivement créés en 1912, 1913 et 1935.

En général, 85% de l’eau du canal est stockée grâce aux pluies qui ont lieu entre juillet et décembre sur le bassin.


Voici un plan actuel du bassin du canal de Panama pour en mesurer l’importance :


A quoi sert l’eau du canal de Panama ?

Bien sûr à la traversée des bateaux d’un océan à l’autre grâce aux écluses, mais pas seulement. L’eau est également utilisée pour :

  • alimenter en eau potable les villes de Panama City côté Pacifique et de Colon côté Atlantique ainsi que les banlieues, ce qui représente la moitié de la population du Panama ! Il y a actuellement 8 usines de traitement pour l’eau potable ;

  • créer de l’électricité avec 2 barrages ;

  • permettre les activités agricoles et industrielles ;

  • la pêche et les activités aquatiques récréatives ;

  • la recherche scientifique.

Les priorités de l’Autorité du Canal de Panama (ACP) sont l’eau potable et les opérations du canal car il s’agit d’une obligation légale : « la responsabilité de l’administration, la gestion, l’usage et la conservation des ressources hydriques dans le bassin du canal, avec comme priorités l’alimentation en eau potable de Colon et Panama City et les opérations du canal ».


Quels sont les problèmes auxquels a été confronté le canal jusqu’à maintenant et quelles ont été les solutions créées ?

1. La diminution des pluies et les sécheresses de plus en plus fréquentes :

en 1982-83, le phénomène du niño a provoqué une grave sécheresse au Panama, le pays s’est retrouvé au bord du rationnement d’eau, un comble pour un pays situé en zone tropicale humide ! De plus, les données collectées concernant la pluviométrie montrent une diminution chaque année de la quantité d’eau tombée des cieux.

2. Les déchets, l’exploitation minière et les constructions :

ces problèmes ont été observés, ayant à l’origine une autorisation légale ou pas. Ils ont un impact, entre autre, sur la qualité de l’eau (donc l’eau potable consommée et la faune du canal).

3. Le déboisement :

le constat a été fait d’un déboisement alarmant dans différentes parties en rapport direct avec le canal. Par exemple, près des rivières alimentant le canal ; dans d’autres zones mais dans des proportions telles que cela avait impact sur la nébulosité de celle-ci ; etc

Ces coupes d’arbres ont pour origine différents motifs, notamment la vente de bois, et ce, que ce soit légal ou non.



Les solutions mises en place pour endiguer ou limiter ces problèmes selon les cas :

  1. on ne peut rien contre la météo si ce n’est tous ensemble au niveau mondial, lutter contre le changement climatique. Au niveau local, régional ou national, on peut « aider » la venue de la pluie en conservant les forêts et les arbres en général.

  2. Ont été créés respectivement en 1980 et 1985 les parcs nationaux Soberania et Chagrès, ce dernier ayant une superficie totale de presque 130 000 ha dont 100 000 se trouvent dans le bassin du canal (le bassin a une superficie totale de 3 313km²).

  3. Concernant les pollutions, extractions minières et constructions, dans les cas où il n’a pas été possible d’y mettre fin, des changements de pratiques plus respectueuses de l’environnement (dont l’eau) ont été mises en place.

  4. De manière générale, une formalisation des collectes de données a été entreprise, dans le but d’obtenir des informations plus actuelles (par rapport aux pratiques récentes et au niveau international) et ce dans différents domaines : qualité de l’eau, niveau de pluviométrie, niveaux d’eau dans les retenues et le bassin en général, inondations et entretien des infrastructures.


Comment, aujourd’hui, le canal fait face au problème récurrent du manque d’eau ?

Tout ce qui a été fait dans le passé pour gérer le problème d’eau a été conservé et amélioré. Aujourd’hui, il existe 60 installations dans le bassin pour collecter ces données. La technologie facilite leur traitement et par conséquent, la prise de décision plus rapide et plus en adéquation avec le présent.

Actuellement, le manque d’eau vient principalement du climat : le changement climatique global affecte les pluies, ce qui se traduit par une diminution de celles-ci. Par effet boule de neige, moins de pluie signifie moins d’eau dans les fleuves et rivières, par conséquent moins d’eau dans les retenues d’eau, d’où des problèmes en approvisionnement d’eau potable ou sur le niveau du canal pour le passage des bateaux…


Plusieurs solutions sont mises en place :

Reboiser le bassin du canal et changer les comportements humains, avec un système gagnant-gagnant, ayant pour objectif la conservation écologique et durable du bassin, de façon responsable (programme PIEA – Programa de Incentivos Económicos Ambientales, depuis 2009) :

  1. les feux de champs volontaires sont des pratiques ancestrales ayant un impact majeur sur le climat et le bassin du canal. De plus, le bassin est une zone parfois difficilement accessible et avec peu de travail, donc pauvre. Le but a été et est toujours de changer les mentalités grâce à plusieurs projets ;

  2. la titularisation des terres des résidents afin d’être propriétaire légalement ;

  3. l’obtention d’un revenu (de leurs terres) grâce à la culture bio du café et du cacao, entre autres produits agricoles (incentives mis en place) ;

  4. le reboisement grâce à ces cultures, nécessaires au bassin du canal, et qui vont « attirer » la pluie plus facilement ;

  5. enfin, l’implication des jeunes locaux grâce à des groupes d’environ 20 personnes par sous bassin, pour sensibiliser à l’environnement et à la valeur de l’eau.

Une gestion différente de l’eau dans les écluses :

La création des nouvelles écluses, inaugurées en juin 2016 :

  1. elles permettent le recyclage de l’eau grâce à 3 bassins parallèles, d’où une économie d’eau importante ;

  2. le tonnage passant par ces écluses est trois fois plus important, ce qui permet d’économiser de l’eau d’une autre façon (1 bateau au lieu de 3) ;

  3. la traversée simultanée de deux bateaux (selon les gabarits) dans une même chambre d’eau.

Dans les anciennes : l’utilisation des chambres en tandem avec un remplissage croisé permet d’économiser de l’eau ; certaines pratiques utilisant de l’eau ont été éliminées.


Une alternative à la traversée des bateaux en cas de manque d’eau dans le canal :

Lorsque les pluies sont insuffisantes et les réserves basses, le niveau du canal est impacté. En mai 2016, le canal a atteint le niveau le plus bas à 23,86m, soit 2,68m en-dessous de son niveau normal. Fin novembre 2019 (la saison des pluies se termine en décembre), le déficit du lac Gatun est d’1,36m sur une moyenne de 53 ans, celui du lac Alhajuela de 1,32m. Pour les bateaux chargés et avec un tirant d’eau important, le passage devient impossible et il faut trouver des alternatives. Une possibilité est de décharger en partie la marchandise du bateau au port d’entrée du canal et de la récupérer au port de sortie, en utilisant le train pour lui faire traverser le pays (le train arrive directement aux deux ports du canal).


Production d’électricité :

  1. Depuis octobre 2018, la production d’énergie est suspendue au barrage de Gatun.

  2. Un parc photovoltaïque sur le lac Miraflores a été créé.

Création d’une taxe sur l’eau douce :

2019 fut la 5e année la plus sèche en 70 ans ce qui a impacté le transit des bateaux. Comme cette tendance va malheureusement continuer, il a été décidé de facturer une taxe sur l’eau douce aux clients du canal dont les bateaux sont supérieurs à 38m de long. Cette taxe est composée de 2 parties : une fixe de 10 000USD et une variable. La variable dépend de la disponibilité en eau lors de la traversée du bateau, elle varie de 1 à 10% du péage et est en rapport avec le niveau du lac Gatun. Concrètement, si le niveau du lac est haut, le % est faible ; au contraire si le niveau du lac est bas, le % est élevé. L’ACP informe quotidiennement sur son site internet du niveau du lac et du % appliqué, avec des prévisions sur 2 mois.

Enfin, il s’agit de trouver de nouvelles solutions pour le futur, aussi bien pour le commerce maritime que pour la consommation en eau potable.


Quels sont les projets à venir pour anticiper un manque d’eau?

Plusieurs projets sont à l’étude, parmi eux de nouvelles sources d’eau pour alimenter le canal (souterraines ou terrestres), la construction de retenues d’eau, la désalinisation de l’eau de mer ou la réutilisation des eaux traitées par l’usine de traitement des eaux, ainsi que des changements au niveau opérationnel du canal pour optimiser l’eau dans les écluses.

L’objectif est de garantir l’approvisionnement en eau potable pour la population en 2025 pour les 50 ans à venir.



Psittt : pensez à contacter JL Tours via le site www.aypapaaa.com pour vous organiser une excursion au départ de votre hôtel ou un circuit incluant le canal ;-)


Sources : sites internet du canal de Panama



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